Entre deux boulots j’avais prévu quelques jours de congés, fin janvier.
Ça faisait quelques temps que j’avais envie de faire une itinérance en ski de rando sur plusieurs jours.
J’en ai parlé à Nicolas qui en avait déjà fait une dans le Beaufortain. Il était tout de suite partant, et m’a proposé qu’on fasse la traversée de Belledonne en 5 jours.
Vivien s’est ajouté au groupe un peu plus tard. Je lui ai parlé de l’itinérance après qu’il m’ait souhaité une bonne année par SMS. Comme quoi, souhaiter une bonne année, ça offre des opportunités !
Sommaire
Infos pratiques
Itinéraire
Nicolas s’est chargé de préparer l’itinéraire, en récupérant des traces GPX sur camptocamp
Il a ensuite modifié les traces à l’aide du logiciel de tracé de Visorando (abonnement à 20€ / an).
Sa montre GPS nous a été très utile, voire indispensable dans le brouillard pour retrouver le refuge de Jean Collet.
Jour 1 : de Casserousse au refuge de la Pra
13,3 km / 1580 m D+ / 860 m D-
Avec Nicolas, on pensait aller à Casserousse en bus depuis la gare, mais les lignes régulières sont remplacées par les bus skiligne, qui étaient pleins ce jour là. On a finalement pris ma voiture et demandé à un copain de Vivien de la redescendre le soir. Vivien était venu avec Thomas, Ludo et Marco. On répartit rapidement quelques affaires dans les sacs, puis on part depuis le parking de Casserousse en longeant les pistes. On prend ensuite le chemin qui passe par la forêt et on arrive au lacs Robert où on rejoint Marco qui a fait le début en télésiège. Il fait beau, le cadre est magnifique, ça commence bien !

On longe ensuite une pente pour remonter dans un couloir assez large mais suffisamment raide pour que je doive déchausser pour finir.
Vivien et Nicolas montent plus facilement que moi, c’est à ce moment que je comprends que je serai le maillon faible des 5 jours. C’est une place qui n’est pas facile à avoir, mais à la fois je m’y étais préparé en partant avec ces deux énervés.
On pique nique un peu plus haut, au soleil, puis on reprend la montée vers la grande Lauzière. Avant d’arriver en haut, on quitte Thomas, Marco et Ludo qui doivent faire demi-tour pour ne pas rentrer de nuit. Quelques photos pour se souvenir de ce moment et profiter de la vue et c’est reparti.

En haut de la grande Lauzière, la neige est gelée parce que la couche de fraiche a été soufflée, et il y a pas mal de vent donc on ne s’éternise pas.
A la descente, la neige n’est pas fabuleuse, sur une face orientée ouest. On rentre dans la couche de nuages et on arrive au refuge de la Pra. Il fallait le réserver sur internet bien qu’il ne soit pas gardé. Il était plein ce soir donc 13 personnes y dormaient, nous compris. Il y a 18 couchages en tout, donc 5 de marge en cas d’urgence. Ce refuge, comme la plupart de ceux dans lesquels nous dormiront, n’est pas chauffé. En rentrant on avait l’impression qu’il faisait chaud par rapport à dehors, mais il faisait toujours moins de 0°C, peut être entre 0 et -5°C. Il n’y avait pas de thermomètre pour vérifier. La gestion du froid était donc un enjeu très important pour ces 5 jours. En arrivant au refuge, nous avons tout de suite mis nos habits de nuit pour éviter de les mettre quand nous nous serions refroidis.
Le soir, nous avons beaucoup discuté avec un groupe de 3 français et une norvégienne, qui ont mangé a côté de nous sur la table. Ils nous ont donné la fin de leur gaz ce qui nous a été utile pour la suite parce que nous étions un peu juste.
Au moment de nous coucher, je garde ma polaire dans mon sac de couchage, et je le recouvre avec deux couvertures du refuge.
Mon corps se réchauffe assez vite, ce qui me permet d’assez bien dormir.
Jour 2 : du refuge de la Pra au refuge Jean Collet
14,8 km / 1470 m D+ / 1690 m D-
Petite surprise le matin : on s’est fait grignoter un peu de chocolat et de pâte d’amandes par une souris pendant la nuit. Plus problématique, la souris a mangé une poche en filet du sac de Nicolas pour atteindre la pâte d’amande.

Nous partons un peu avant 9h pour la croix de Belledonne. Plusieurs groupes font le même trajet que nous ce dimanche.
A la montée, je perds mes 2 skis que j’avais oublié de passer en mode montée. L’un d’eux percute un rocher, ce qui abîme un peu l’avant mais sans que ce soit embêtant pour la suite. Vivien descend de quelques mètres pour les récupérer. J’ai l’impression d’être un touriste.
On pique-nique en haut. Il n’y a pas de vent donc on n’a pas trop froid. On parle avec d’autres groupes qui ont fait la croix à la journée, soit 1800 de D+. L’un d’eux glisse au moment d’enlever ses skis et se rapproche de la falaise avant de se rattraper. Ça le fait rire mais nous ça nous a mis un petit coup de chaud.

On redescend dans une neige alourdie, sur le versant exposé sud, avant de remonter un petit col puis de redescendre dans le vallon à l’ouest de la croix et du pic de Belledonne. Vivien connaît le coin comme sa poche, il nous liste tous les noms des sommets et des couloirs, et nous raconte les fois où il est passé par là. On monte ensuite au rocher de l’homme. Pour la première fois il faut tracer la montée, heureusement Nicolas et Vivien se relaient. Je fais ce que je peux pour suivre le rythme.
Un peu avant la tombée de la nuit, on descend un couloir orienté nord. On y passe chacun son tour parce qu’il est un peu raide. La neige est excellente et la visibilité est encore bonne, c’est notre meilleure descente depuis le début !
En revanche, la nuit tombe vite. On finit dans le noir, les nuages et le froid, à la frontale. Avec le peu de visibilité, on galère bien à trouver le refuge Jean Collet. Dans le brouillard, tous les rochers ressemblent à des cabanes avant qu’on s’en approche. Heureusement qu’on a la montre GPS de Nicolas pour nous guider. On fait l’erreur de se séparer à un moment, jusqu’à ce que je ne voie ni n’entende plus Vivien et Nicolas. A ce moment je stresse un peu, je sors mon téléphone pour voir où est le refuge sur Google maps. Au même moment j’entends à peine l’écho de la voix de Vivien qui m’appelle. Je le rappelle et j’avance en direction de sa voix jusqu’à revoir la lueur de leurs lampes frontales. Ils récupèrent de l’eau dans une rivière et ont repéré le refuge. Tout va mieux, même si je me rends compte que dans la précipitation pour les rejoindre, j’ai perdu un sous gant. Heureusement Vivien est là. Son sac est petit, 30 L, mais c’est le sac d’Hermione Granger : il en sort un sous gant de secours.
Encore une fois, le refuge n’est pas chauffé. Mais il est très mignon. On rentre vite faire chauffer l’eau pour la tisane et pour manger, puis on ne tarde pas à se coucher, en prenant le soin cette fois de suspendre la nourriture dans un sac.
Jour 3 : du refuge Jean Collet au refuge de Combe Madame
21,5 km / 1872 m D+ / 2071 m D-
On dit souvent que le 3ème jour est le plus dur quand on fait un trek, donc je redoutais un peu cette journée vu l’intensité des deux premières. En plus on avait mis le réveil à 6h mais on ne s’est réveillés qu’à 7h20 donc on commençait avec un peu de retard sur le planning.
En sortant, la mer de nuage était descendue donc on y voyait beaucoup plus clair. On passe prendre de l’eau à la rivière pour la journée, et on remonte en suivant bien les traces cette fois. On voit l’endroit par lequel Nicolas et Vivien sont descendus la veille. C’est raide et on comprend en voyant leurs traces qu’ils ont bien raclé les cailloux. En repassant devant le refuge, on voit trois chamois qui descendent en contrebas. Un peu plus haut, on repasse par l’endroit où j’avais perdu mon sous gant la veille, et je le retrouve dans la neige. La journée commence super bien !
Je propose à Nicolas et Vivien de passer devant, en tant que maillon faible. Comme ça, tout le monde se cale sur le rythme du plus lent, il n’y a pas l’effet psychologique négatif de se retrouver à la traîne pour le plus lent, ce qui décourage et donne envie de s’arrêter. On a donc tous à y gagner, pour cette journée qui commence avec un peu de retard. L’allure est bonne jusqu’au sommet du col de la Mine de Fer, puis on arrive rapidement à la brèche de Roche Fendue. Pour le midi, on s’arrête un peu avant le pas de la Coche. Il fait étonnamment chaud au soleil. On est lundi donc on est complètement seuls, et pourtant on voit des traces de partout lorsqu’on arrive dans le vallon au pied du pic de la Belle Etoile. Le secteur est très connu pour le ski de randonnée, avec notamment la compétition de ski-alpinisme « La Belle Etoile » qui a lieu chaque année à cet endroit.
En atteignant le haut d’une petite montée, Nicolas nous annonce une mauvaise nouvelle : la vis qui tient son scratch, en haut d’une de ses chaussures, a sauté en montant et donc elle est complètement perdue. Vivien nous sort un nouvel objet miraculeux de son sac magique. Il a une lanière qu’on peut serrer en haut de la chaussure et qui remplacera très bien le scratch pour la suite des 5 jours.

En montant au col de la vache, le vent se met à souffler de plus en plus fort. Dans ces moments, c’est important de bien gérer les couches de vêtements pour avoir suffisamment chaud mais ne pas transpirer. Au début de la montée, on est tous les trois en T-shirt et on finit le col en polaire et veste sans avoir trop chaud, malgré l’effort. Le vent souffle tellement fort sur les 30 derniers mètres qu’ils paraissent en faire 100. On doit mettre les couteaux pour la première fois, pour ne pas glisser sur la neige dure, car toute la couche de neige fraiche a été soufflée. On ne traîne pas pour dépeauter et redescendre dans le vallon des 7 Laux. La neige est assez irrégulière à la descente, à cause du vent qui l’a soufflée.
On passe à l’ouest des lacs. Il n’y a plus aucune trace ici. Le soleil se couche petit à petit, les couleurs sont magnifiques dans le ciel. On se sent complètement seuls dans ce cadre très paisible. Même si on sait qu’on va encore finir à la frontale, la beauté du paysage est réconfortante.

Il nous reste à monter le col du Mouchillon. Rapidement on trouve des traces un peu recouvertes par de la neige soufflée. Le vent est tombé mais la montée est très difficile pour moi. Je suis au bout du rouleau. La dernière descente jusqu’à Combe Madame est un vrai régal. On a 20 à 30 cm de neige légère, pas de traces, et Vivien connaît suffisamment bien le terrain pour qu’on profite sans craindre de descendre plus bas que le refuge, même à la frontale.
On arrive vers 20h au refuge de combe madame, après avoir récupéré de l’eau. On a la bonne surprise de trouver deux autres personnes dans le refuge. Ils ont mis du bois dans le poêle. Il fait 15 degrés, on a l’impression d’être à l’hôtel. J’ai suffisamment chaud pour sortir un instant du refuge et me laver le visage et les aisselles. Ce me fait beaucoup de bien. On va se coucher un peu avant 23h. Le dortoir est froid mais un peu moins que les autres soirs, puisqu’on a ouvert les portes entre la pièce du poêle et les chambres.
Jour 4 : du refuge de Combe Madame au refuge du Merlet
17 km / 1990 m D+ / 1870 m D-
Cette fois on se lève bien à 6h. La nuit a fait tellement de bien qu’on n’hésite pas à laisser 10€ par personne dans le Tronc, contre 8 pour les autres refuges.
On commence la journée par un dénivelé de presque 1000 m, jusqu’au col du Tépey. Je passe devant et dois tracer une partie de la montée, car les traces ont été recouvertes par de la neige soufflée.
On redescend assez bas à l’est en direction de la vallée de la Maurienne. On croise notre deuxième groupe de chamois, ils sont 6 cette fois ! On croise aussi d’autres skieurs qui remontent. Ce seront les seuls de la journée.
On mange au soleil, au point le plus bas, avant de remonter en direction de la Selle du Puy Gris. Au début de la montée, je passe devant pour qu’on se cale sur mon rythme. C’est dur pour les jambes de repartir. Heureusement j’ai lancé une discussion sur la politique avant qu’on reparte, en parlant des manifestations qui avaient eu lieu sur la réforme des retraites. Du coup Nicolas et Vivien parlent de ça en montant et se fatiguent plus. Je les laisse faire sans participer au débat, mais bien content de la technique que j’ai découvert.
A force que le vent souffle ces derniers jours, on voit un phénomène que je n’avais jamais vu avant : les traces de skieurs des jours précédents qui apparaissent en relief à la surface. Les skieurs qui sont descendus quand la neige était fraiche ont tassé la neige. Le vent a ensuite soufflé toute la neige légère autour ce qui fait que ce sont les traces des skieurs qui ressortent en relief.

Au loin, on voit aussi une grosse corniche en haut de la Selle du Puy. On monte sur la droite pour éviter de se retrouver en dessous si ça se décroche. Une fois en haut, on se rend compte qu’on a bien fait d’être prudents, car il y a une grosse fissure derrière.
En redescendant, on arrive dans un vallon avec quelques coulées. On passe vite en y allant un par un. On voit bien le nord-ouest vers la Savoie. Les nuages sont bas donc on distingue le bout de la Chartreuse, le Granier et les Bauges, et même les immeubles de la station du Collet d’Allevard. Ça sent l’arrivée ! La neige n’est pas très bonne car soufflée mais la vue est magnifique.

On remonte un dernier col et on redescend enfin dans le vallon dans lequel se trouve le refuge du Merlet. Ce second vallon ressemble au premier, la vue sur la Savoie est encore meilleure. Vivien nous fait remarquer qu’on aurait pu construire des stations de ski dans ces deux vallons, qui sont larges avec des pentes pas trop raides. Il nous dit que Belledonne a été relativement épargné par la construction de stations de ski, parce que l’offre était déjà suffisante au moment où on s’est posé ces questions. L’impression d’isolement, de quiétude, est totale.
On préfère rester au fond du vallon pour ne pas suivre les pentes raides autour, qui ne nous inspirent pas confiance du point de vue des avalanches. On remonte un peu et on arrive au Merlet à la frontale. La journée a été très dure, avec 2000 m de dénivelé positif, mais de mon point de vue ça a été moins dur que la journée précédente. Dans la soirée, j’avoue à Vivien et Nicolas que je me suis demandé la veille, si je pourrais continuer après le 3ème jour qui m’a paru très dur. Mais maintenant tout roule.
Le Merlet est aussi un refuge très mignon, bien que les matelas et couvertures soient pleins de crottes et urine de souris. On secoue tout pour s’installer et on ne tarde pas à dormir.

Jour 5 : du refuge du Merlet à Allevard
13,7 km / 130 m D+ / 1510 m D-
Le lendemain, on décide d’écourter l’itinéraire qui était prévu. On descend directement dans la vallée, vers Allevard. On pensait peut-être remonter un col orienté ouest, en descendant, mais les coulées qu’on voyait un peu partout nous ont refroidis. L’envie de ne pas rentrer trop tard chez nous et la flemme, il faut le dire, ont aussi joué.
On passe le barrage de l’étang de Périoule et on s’enfonce petit à petit dans la forêt, de plus en plus haute. On déchausse une partie du trajet, pour suivre le chemin de randonnée qui est compliqué à suivre en skis. On arrive sur une piste forestière, qui est suffisamment enneigée pour qu’on la suive à skis sur environ 5 km.

Après avoir croisé deux biches et un chamois, la quantité de neige n’est plus suffisante pour skier. Il faut qu’on finisse à pied. On s’en rend compte quelques dizaines de mètres trop tard, après avoir arraché quelques poils à nos peaux qu’on avait gardées sur la piste enneigée.
On marche entre deux et trois km en chaussures de skis, puis on arrive à Allevard.

On a 3 heures d’attente avant le bus. On en profite pour dévaliser un magasin de Gaufres du centre-ville. Dans le bus, on regarde Belledonne, sur notre gauche, tout en faisant le debrief des 5 jours.
En conclusion, on peut dire que ça a été très dur. Dans le genre, probablement la chose la plus dure que je n’aie jamais faite. Mais on le savait déjà, et on y est aussi allés pour ça ! Pour Nicolas et Vivien, le plus difficile ça a été la gestion du froid. Mais aucun de nous 3 n’a eu l’onglet aux pieds ou au mains durant les 5 jours donc on s’en est plutôt bien sortis. Ce qui a aussi été compliqué pour moi, c’est l’hygiène. C’était une vraie délivrance de pouvoir me laver le visage et les aisselles à Combe Madame, puis le visage au refuge du Merlet. C’est aussi une bonne raison pour éviter de transpirer en mettant juste les couches de vêtements qu’il faut.
Mais bien sûr, ce qu’on retiendra surtout, c’est la beauté des paysages qu’on a traversés : ces versants enneigés tout autour de nous, ces falaises immenses, ces vues incroyables sur les vallées et les sommets tout autour, ou encore les chamois et biches qu’on a vus. On se sent tellement petit au milieu, que ça devient merveilleux de se dire qu’on est arrivés à parcourir tous ces vallons. Et puis, toutes les difficultés qu’on a rencontrées, notamment le froid, nous donnent le sentiment d’avoir accompli quelque chose de difficile, une sorte d’exploit à notre échelle. Ca doit être pour ça qu’on a tendance à aller chercher nos limites.
La bonne entente de notre groupe a aussi compté dans la réussite de l’expérience. Ça m’a fait plaisir de mieux connaitre Nicolas, et j’étais super content de faire ça avec Vivien, que je connais très bien mais que je n’avais pas vu depuis un moment.
