Traversée Chartreuse express 2,5 jours

La Chartreuse est le massif que je connais le mieux. C’est mon terrain de jeu en vélo de route et j’y effectue de nombreuses randonnées à pied mais aussi à ski.

Il me manquait cependant la traversée intégrale à pied qui est un incontournable quand on habite la région et qu’on aime bivouaquer.

Infos pratiques

Itinéraire

Première tentative 2022

Ainsi, le mercredi 25 mai 2022 au soir je m’élançais avec Maëlle, une amie de longue date, pour cette fameuse traversée dans le sens Grenoble -> Chambéry. Le plan était foireux dès le départ, il fallait la réaliser en deux jours et demi car Maëlle avait un avion le samedi matin alors que la traversée s’effectue normalement en 4 jours. A ça il fallait rajouter que Maëlle n’était pas la plus grande sportive et surtout, ça devait être sa première randonnée en montagne.

Bref rien n’allait, mais je savais que c’était jouable (bien que je n’étais pas certain qu’elle me garderait comme ami à la fin)! Et puis il y avait toujours une possibilité de prendre un échappatoire. Pour maximiser nos chances d’y arriver, j’avais quand même assumé de porter pratiquement l’intégralité de nos affaires. J’avais donc un sac relativement lourd (18kg je pense), mais pas grave, j’étais physiquement bien en forme. J’avais également tracé l’itinéraire au plus rapide en essayant de limiter le dénivelé, ça représentait tout de même 64km et 4000m de dénivelé positif.

Sauf que comme prévu, tout ne s’est pas passé comme prévu. Et plutôt que de rentrer en train depuis Chambéry le vendredi soir, j’ai préféré écourter la journée et rentrer par hélicoptère. Car qu’on se le dise, c’est quand même plus rapide et plus classe.

Résultat, 4 jours à l’hôpital avec opération d’une double fracture de la malléole et un mois et demi de plâtre. Partie un peu moins fun, même si, franchement, si c’était à refaire, je ne dirais pas non je pense..! Un hélitreuillage au dessus de la Chartreuse, qu’est ce que c’était bon quand même, et en plus, je n’avais pas mal. Le rêve.

Sauf que, in fine, je n’avais toujours pas fait ma traversée de la Chartreuse à pied. Il fallait donc remettre le couvert. Chose que j’entrepris un an plus tard à 2 semaines prêts.

Nouvelle tentative 2023

Pour cette fois, j’avais proposé à mon ami Simon qui habite sur Chambéry et qui pratique la randonnée en montagne! J’avais également proposé à un couple d’amis qui malheureusement, mais heureusement pour eux, n’ont pas pu se joindre.

J’avais prévu de la faire en 3 jours ce coup ci, mais il était impossible pour Simon de se libérer le vendredi avant 16h… Ça sera donc à nouveau en deux jours et demi. Cette fois dans le sens Chambéry -> Grenoble.
Quelques jours avant le départ le verdict météorologique semble se confirmer, il pleuvra tout le week-end et le samedi devrait même être orageux.
Sauf que cette traversée m’arrangeait bien car elle me permettait au passage de me remettre en forme et me préparer pour une ascension du Mont Blanc prévue fin du mois.

Je fais donc part à Simon de mon souhait de quand même la faire. Étant moins téméraire et surtout, plus raisonnable que moi, je pensais qu’il déclinerait cette idée mais à ma grande surprise il était toujours partant! (Il est quand même parti s’équiper en vêtements de pluie pour l’occasion!).
J’appréhendais un peu car je sais que c’est quelqu’un qui n’aime pas se mettre dans le rouge et les journées s’annonçaient intenses. Mais comme la première fois, au pire, un échappatoire et on rentre! L’itinéraire retenu sera exactement le même que le premier, à savoir 64km pour 4000m de D+.

Avant départ

Le jeudi avant de partir, au milieu de l’après midi je suis pris de soudaines crampes un peu violentes à l’estomac. Je prends un caché qui les calmes. Elles reviendront dans la nuit et de manière ponctuelle le vendredi dans la journée.

Jour 1 (17km, D+ 1400m)

Le départ est programmé le vendredi à 16h de la gare de Chambéry. J’attends Simon à la gare qui a un peu de retard, je me sens plutôt bien malgré ces crampes toujours présentes de temps à autres. Je sens qu’en dépit de la météo ça va quand même être chouette. Simon et moi on se connait depuis plus de 20 ans et c’est cool de se retrouver ensemble pour vivre cette mini aventure.

Le voilà qui arrive ce qui marque le début de cette traversée. La météo est grisâtre, il pleuviote quelques gouttes mais vraiment rien de gênant. Il fait relativement bon. On traverse la ville de Chambéry et on arrive vite au parc qui marque la première ascension. Au bout de quelques centaines de mètres la pluie s’intensifie, on décide de sortir les sur-sacs avant de reprendre la marche.

On papote en même temps qu’on avance. On ne sait pas trop où on s’arrêtera dormir pour la première nuit, aucun objectif n’étant fixé. On est juste tous les deux bien conscient que tout ce qui est avalé cette journée déchargera les deux suivantes qui seront déjà intenses. La montée est plutôt sympa, avec la pluie des dernières semaines la végétation est verdoyante à souhait. Dans la montée on arrive sur un belvédère où on peut apprécier une magnifique vue sur Chambéry et le lac du Bourget en arrière plan. Avec les nuages gris cela crée une super ambiance.

Au bout d’une dizaine de km et 900m de D+ on tombe sur un spot relativement sympa. C’est plat, il y a une super vue sur Belledonne et pépite, on a des éclaircies avec un ciel bleu. Étant donné qu’il est environ 19h je propose qu’on s’y arrête pour bivouaquer. En plus je fatigue un peu et l’idée de s’arrêter m’emballe bien.
Sauf que Simon est plus pour continuer. En effet, il n’est au final « que 19h » et si on peut avancer encore un peu histoire de faciliter les prochaines journées ça sera déjà ça de gagner. On discute un peu et je lui donne rapidement raison. On repart donc, laissant ce super spot derrière nous.

Le chemin à ce moment devient moins sympathique, on est sur une piste forestière un peu défoncée et quand on en sort c’est de la glaise bien grasse qui transforme vite nos chaussures en patinettes. Histoire de nous aider un peu, la pluie est revenue nous tenir compagnie, quelques orages au loin se font entendre et pour finir, ça grimpe bien.
Au bout d’une nouvelle heure de marche, c’est la nuit qui commence à tomber. Cette montée commence à être pénible. En plus c’est relativement raide ce qui rend impossible la possibilité de planter la tente. Le sommet « pointe de la Gorgeat » montre enfin le bout de son nez, mais les orages présents ne me rassurent pas quant au fait de poser la tente en haut. Je demande à Simon que l’on redescende au moins un peu. On se met d’accord qu’on s’arrêtera au premier spot venu.

On entame la descente, on est en plein dans les nuages, il pleut et il fait nuit. On met les frontales mais la brume reflète les faisceaux qui nous éblouissent. Du coup on n’y voit pas vraiment mieux. Le chemin est boueux à souhait, on commence à vraiment avoir hâte de s’arrêter. Au bout d’un moment, on arrive sur un mini replat, je propose qu’on y plante la tente malgré que ça ne soit pas idéal (au milieu du chemin et très étroit). Simon n’est pas convaincu et décide de regarder la carte IGN. Il y voit l’indication des granges de Joigny non loin de nous, on décide d’y aller, en se disant que dans tous les cas, le terrain serait certainement plat de toute façon.

Au bout d’une quinzaine de minutes on trouve ces fameuses granges qui sont vides de tout alpage, c’est parfait, ça nous fera notre abri pour la nuit. On est royal, on a de quoi dormir à plat, d’être au sec pour cuisiner et dormir et on a même le luxe de ne pas devoir déballer la tente.

On se fait rapidement à manger et on part se coucher. L’odeur de la chèvre pique le nez mais pas grave, on y est bien quand même ! Je remercie Simon d’avoir regardé la carte !

Jour 2 (25,5km, D+ 1600m)

Le réveil au sec est agréable, on a tous les deux pas très bien dormi mais on reste en forme. On mange, faisons nos affaires et c’est reparti. Il est environ 9h, il pleut légèrement, il fait bien gris et les nuages sont bas.

On avance à un bon rythme, la météo sans être catastrophique est quand même bien mauvaise. Mais surtout, les nuages sont tellement bas qu’on ne distingue aucun sommet. On entrevoit une fraction de seconde le mont Granier avant qu’il ne disparaisse à nouveau dans les nuages.


On entame la première grosse montée de la journée qui nous mène au col de l’Alpette. Mes crampes au ventre refont surface, de manière un peu plus intense que la veille, c’est à chaque fois soudain mais ça passe rapidement. Je suis quand même parfois obligé de m’arrêter quelques secondes le temps que ça passe.

Un peu avant le sommet la pluie s’intensifie comme il faut, on décide de sortir le pantalon soft-shell. J’ai la mauvaise surprise de constater que mon sur-sac n’est pas étanche et laisse passer l’eau, super efficace… La pluie est bien battante et on a même droit à de la grêle, heureusement seulement un court passage et des petits grêlons.

On arrive à la cabane de l’Alpette qui nous fera un bon abri pour y manger au sec. Nous y croisons 3 autres randonneurs qui y avaient passé la nuit. Nous nous souhaitons bonne chance pour l’après midi avant de repartir. La pluie s’est bien calmée et on a même le droit à des minis percées de soleil. Malheureusement, ces derniers ne durent que quelques secondes et laissent vite place au brouillard.

Après quelques kilomètres de marche, je commence à ressentir de la fatigue. Mes crampes gagnent toujours en intensité et m’obligent à marquer des arrêts systématiquement. Je passe d’ailleurs un peu un mode robot lors de la marche car je sens que j’ai de moins en moins d’énergie. Heureusement Simon est un moulin à parole ce  qui me distrait et m’aide à penser à autre chose.

On finit par arriver à l’endroit où un an au par avant je m’étais fracturé la cheville. Je savais que c’était sur un passage un peu ridicule, mais dans mes souvenirs ça restait quand même un peu plus impressionnant. J’ai reconnu l’endroit où j’avais attendu l’hélicoptère mais le passage était tellement ridicule que je me suis quand même demandé sur le coup si ça pouvait vraiment être là, mais oui c’était bien là !

On finit par arriver dans la plaine avant le col de Bellefont mais mon état physique se dégrade de plus en plus. Chaque pas devient difficile, je suis vidé de toute énergie et mes crampes sont régulières.
Je demande à Simon à ce que l’on marque une petite pause pour souffler. On s’abrite sous un arbre et il ne me faut que quelques secondes pour commencer à m’endormir. Simon me réveille et me motive à repartir avant que je ne sombre complètement. On décide que l’on s’arrêtera derrière le col de Bellefont, je sais qu’il y a un endroit plat pour planter la tente et une rivière à proximité.

Le col est un enfer pour moi, je ne me sens pas bien du tout, je n’ai plus de force, je sens que je suis complétement vaseux. Mes souvenir de cette partie sont d’ailleurs très flous. J’arrive au sommet tant bien que mal, je fais un effort pour être potable sur la photo et on attaque la descente. Je sais que la fin est proche alors je m’accroche.

C’est bon, on arrive sur le plateau et on monte la tente, je ne tiens plus et je lutte pour ne pas m’endormir. La pluie reprend un peu, Simon s’occupe de chercher de l’eau à la rivière et on cuisine à moitié dans la tente pour éviter la pluie. Je me force à manger mais c’est difficile car cela me donne envie de vomir.
Je ne suis pas rassuré par la journée du lendemain qui très longue elle aussi. J’envisage d’appeler ma colocataire pour qu’elle vienne me récupérer à la route la plus proche si ça ne va pas mieux au matin.

Jour 3 (29,8km, D+ 1000m)

La nuit a été catastrophique, j’ai eu de la fièvre pratiquement toute la nuit. Malgré tout, je me sens mieux que la veille et d’attaque pour cette dernière journée.

Il ne pleut pas quand on se lève alors c’est déjà ça. Tout est évidemment trempé mais tant pis, de toute façon le soir on sera rentré !

La journée sera similaire à la veille, on alternera entre gris, éclaircies et pluies, bien que moins fortes pour ces dernières quand même !

On décide d’esquiver la dent de Crolle en passant par le trou du Glaz afin d’économiser 200 de D+ car on est tous les deux fatigués. Et puis de toute façon, le brouillard est de la partie alors inutile de chercher la vue.

Après avoir passé le col du Coq, on se retrouve sur un chemin escarpé, boueux et glissant. Je sens que les nerfs de Simon commencent à lâcher car il n’arrête pas de râler. J’essaye de lui dire de relativiser car c’est fatiguant d’entendre quelqu’un râler en continu mais ça n’a pas l’air d’être efficace !

Une fois sorti de ce fameux chemin tout gras, la route devient bien plus agréable. On sort du GR pour couper tout droit le long de l’arête direction le fort Saint Eynard. On est dans une foret vraiment agréable mais toujours sans aucune vue coté vallée à cause des nuages. La pluie reste intermittente et rend cette partie un peu longue. Soudain, je suis à nouveau pris d’une crampe mais bien plus violente que les autres, aucun doute, je suis en train de passer en mode gastro, il est vraiment temps d’arriver.

On arrive au fort du Saint Eynard, j’ai la sensation d’être arrivé étant donné que j’ai été plusieurs fois en trail à cet endroit. Bien qu’il reste quelques kilomètres, cette sensation est motivante et permet de faire passer la fin de manière plus facile. Sauf pour Simon qui commence à avoir bien mal au pied.

On fini par s’engager sur le chemin qui mène au mont Jalla, là on est vraiment pour moi à la maison, d’ailleurs on commence à croiser du monde car c’est une sortie classique pour les Grenoblois qui viennent courir ou se balader depuis Grenoble. Sauf que la gastro vient me rappeler que ça n’est pas vraiment le bon moment pour être dans un endroit fréquenté…

On repart en espérant qu’il n’y aura plus d’arrêt car ça deviendrait délicat. On passe la Bastille, et pendant la descente je croise une connaissance que j’avais, pour l’anecdote, croisé également lors de ma première tentative de cette traversée. On discute un peu sauf que ça n’est pas vraiment le bon moment pour moi, Simon devant prendre son train, je profite de cette excuse pour écourter un peu la discussion.

On fini par arriver à la gare après 9h de marche. On prend une photo devant la gare et j’abandonne malheureusement rapidement Simon pour rentrer chez moi.

On est tous les deux épuisés mais bien contents d’être arrivés au bout!

Par contre je pense que je vais devoir abandonner cette traversée de la Chartreuse, elle a l’air de me porter la poisse. Je veux bien avoir des plans foireux, mais je ne suis quand même pas aidé à chaque fois!

Laisser un commentaire