Quand on regarde la Chartreuse sur une carte, on voit qu’elle est pile entre Grenoble et Chambéry, deux grandes villes très bien desservies par les transports. C’est donc un massif idéal à traverser.
D’autant plus que le chemin le plus direct, en passant par le GR9, permet de traverser la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse, vraiment magnifique.
Avec Juliette, on avait décidé de réunir nos deux familles pour ce périple, mais en empruntant deux itinéraires différents. Nos parents ont choisi un itinéraire permettant de dormir en refuge ou camping la nuit, par le Sappey en Chartreuse. Dans le groupe des plus jeunes, nous partons avec les deux frères de Juliette, Louis et Elie, et Gabrielle la copine d’Elie. Ma petite sœur de 12 ans Line, part aussi avec nous. Elle est très jeune mais c’est une vraie guerrière alors on n’a pas hésité à lui proposer. Avec ce groupe, nous prendrons l’itinéraire passant par les Hauts de Chartreuse, sans aucun refuge sur la route donc en autonomie totale.
Sommaire
Infos pratiques
Itinéraire
J’ai tracé l’itinéraire au crayon, sur les deux cartes IGN de la Chartreuse nécessaires pour le trajet. Attention à bien prendre les 1 : 25 000 , les autres ne sont pas assez précises. Vous pouvez acheter les cartes dans les magasins de sport et dans les bureaux de tabac.
Si vous n’avez pas suffisamment confiance en votre sens de l’orientation ou s’il risque d’y avoir du brouillard, vous pouvez utiliser une appli GPS comme visorando ou komoot.
EDITO septembre 2023 : l’intinéraire du GR a changé, le GR contourne le vallon de Marcieu pour éviter une parcelle privée, voir ce lien
Jour 1 : De Grenoble à l’Emeindras du dessus
16,8 km / 1590 m D+ / 370 m D-
Nous habitons en centre-ville au pied de la bastille donc notre appartement est naturellement choisi comme lieu de rendez-vous. Mes parents nous rejoignent en train depuis Aix les Bains le matin. Ceux de Grenoble nous rejoignent un peu plus tard, un peu trop même. Le temps de répartir les dernières choses dans les sacs, nous partons à 10h30. Nous montons la bastille en passant par les escaliers côté Porte de France. C’est un peu plus raide mais plus direct et les fortifications sont très jolies de ce côté. C’est sympa de monter la Bastille pour commencer. Nous l’avons souvent fait, mais cette fois on se dit que ce n’est que le début d’un long périple, et nous quittons peu à peu la ville pour nous isoler dans les montagnes.

Nous prenons le temps de regarder Grenoble sur le chemin, ce qui nous mettra un peu en retard pour la suite. Le chemin continue au-dessus de la Bastille jusqu’au col de Vence. Nous rechargeons nos bouteilles d’eau à la fontaine avant d’entamer l’ascension jusqu’au fort Saint-Eynard. Il est déjà 14h30 quand nous arrivons au fort, où nous avons prévu de manger. Là nous rencontrons un groupe de 4 amis qui se sont aussi lancés dans la traversée. On discute un peu. C’est presque leur première randonnée et ils partent directement pour la grande aventure en Chartreuse. Ils sont équipés comme des G.I. Joe : crème solaire sur une bretelle du sac et brumisateur sur l’autre. Depuis le Saint-Eynard, on voit au loin la plaine de l’Emeindras du dessus où nous dormirons ce soir. Nous sommes à la même altitude mais elle est encore très loin.
Un peu plus loin sur le chemin, nous nous séparons de nos parents, qui suivent le GR vers le Sappey, alors que nous continuons de suivre les crètes en direction de l’Emeindras du dessus. On ne voulait pas suivre le GR pour éviter de redescendre et remonter à l’Emeindras. Mais en suivant les crètes, on fait plein de petites montées descentes donc pas sûr qu’on économise tant de dénivelé que ça. Le chemin est de moins en moins évident à suivre. Au bout d’un moment on décide de couper à travers les arbres à l’ouest, pour retrouver une piste forestière, indiquée un peu plus bas sur la carte IGN. On surprend alors l’un des 4 amis que l’on avait vu le midi, il est accroupi, les fesses à l’air, s’apprête à satisfaire un besoin naturel. On passe à l’écart et on voit ses 3 amis un peu plus bas, que la situation a bien fait rire. Une fois sur la piste, on continue en direction de l’Emeindras du dessus. Le chemin est plat, on avance bien, mais le soleil se couche peu à peu. On a encore de la visibilité quand on arrive mais il ne faut pas tarder à s’installer et manger.

On fait un tour autour de la cabane, on voit que certaines personnes ont fait un feu, ce qui est absolument interdit dans la réserve, et très dangereux vu la sécheresse et le vent. On se rend compte qu’on est les seuls à ne pas avoir de tente. En tant qu’ancien scout d’Europe, je me suis dit qu’une grande bâche et de la ficelle feraient l’affaire. Mais on choisit plutôt la facilité : le auvent du Habert de l’Emeindras est libre donc on s’installe dedans. D’ailleurs c’est mieux comme ça, parce que le vent souffle bien ce soir-là. On mange et on ne tarde pas à dormir.
Jour 2 : De l’Emeindras du dessus à l’abri de l’Aulp du seuil
14,6 km / 1090 m D+ / 860 m D-
Etant arrivés un peu tard la veille, on ne met pas de réveil le matin, ce que l’on regrettera. Quand on part vers 10h, il ne reste plus que nous, et le groupe de 4 que l’on a rattrapés la veille, autour du Habert de l’Emeindras. On marche jusqu’au pied de la dent de Crolles, où on peut remplir nos gourdes. On entame l’ascension de la dent de Crolles après 12h, en passant par la face sud. On arrive au sommet vers 14h30, sous la chaleur écrasante. Line s’est dépassée pour arriver jusqu’en haut, je suis super fier d’elle. La montée a été très dure pour nous tous, et il faut repartir assez vite pour avoir le temps d’aller jusqu’à l’endroit où on doit passer la nuit. C’est vraiment dommage qu’on soit partis si tard. On aurait pu monter la dent de Crolles quand il faisait moins chaud et plus profiter de la vue en haut. Heureusement, on ne le savait pas encore, on venait de passer le plus dur de toute la traversée !

En repartant, on voit deux bouquetins. Ça nous remonte un peu le moral, on en avait besoin. On progresse en direction du col de Bellefont. Sur le plat descendant, ça va mieux pour nous tous, on discute par groupe de deux : Juliette et moi en tête, Gabrielle et Elie derrière, et Louis et Line au milieu, duo fortuit, qui malgré la différence d’âge semblent avoir plein de choses à se dire, enfin surtout Line mais Louis prête une oreille attentive aux ragots du collège de Line. On passe sur la droite d’une vallée au bout de laquelle on voit Saint-Pierre de Chartreuse. La pente en direction de la vallée est très raide, ça donne l’impression d’être sur un balcon. Quand on arrive au pied du col de Bellefont, on est à la fois dépités parce qu’il nous reste 300 m de dénivelé à faire, ce qui est difficile après la journée qu’on vient de faire ; et émerveillés par la beauté de l’endroit.

Finalement, on arrive plutôt rapidement en haut du col. On a la chance de voir plusieurs chamois, dont deux qui courent l’un après l’autre dans les rochers. Leur agilité est impressionnante. Au nord, en contrebas, se tient l’abri de l’Aulp du Seuil, à côté duquel nous dormirons ce soir. Il est assez loin mais la pente descendante douce qui y amène semble facile à parcourir. 3 des 4 amis avec lesquels nous étions au coude à coude ont renoncé en bas du col de Bellefont, préférant rejoindre la vallée pour dormir. C’est dommage d’avoir renoncé après tout ce qu’ils avaient fait jusqu’ici. On arrive à l’abri de l’Aulp du seuil au coucher du soleil. Je vais prendre une bouteille d’eau à la source pour me laver, malgré la fraîcheur qui s’est installée. Nous installons notre campement là où il reste de la place, car la plupart des emplacements propices sont occupés par des tentes.

Jour 3 : De l’abri de l’Aulp du seuil à Entremont le vieux
12,9 km / 340 m D+ / 910 m D-
Le matin, nous nous rendons compte que la bâche nous est retombée dessus pendant la nuit, ce qui fait qu’un peu d’eau a condensé et coulé au niveau de nos pieds.
Cette fois nous avons mis un réveil, nous partons un peu avant 9h. Ça nous paraît super simple après les difficultés de la veille : on est sur le plateau, en pente descendante douce, on a l’impression d’avaler les km. On franchit le pas de l’échelle, environ 250 m de dénivelé, et mangeons en haut. Line nous montre un de ses orteils couvert d’ampoules, mais elle ne se plaint pas vraiment. C’est là que je comprends à quel point la montée de la dent de Crolles a dû être dure pour elle.

Après les avoir percées et mis un pansement, nous repartons de nouveau sur un plateau en pente descendante. Une fois au refuge de l’Alpette, nous nous lavons à côté de la source, tant qu’il fait encore chaud, avant de redescendre en direction d’Entremont le vieux, par le chemin assez raide.
A Entremont, nous commettons l’erreur d’installer notre bivouac sur un champ à l’orée de la forêt. Nous pensions que les herbes sauvages courtes et vertes du champ n’étaient pas cultivées, mais cela devient du foin pour les animaux. Le propriétaire du champ vient se plaindre lorsqu’il nous voit. Il nous demande de l’argent pour les dommages sur ses cultures. Finalement il renoncera à nous demander quoi que ce soit en nous avertissant seulement. Nous saurons pour les prochaines fois.
Louis, qui a peu dormi les deux dernières nuits, va demander à la ferme de l’Ours s’il leur reste de la place. Malheureusement il n’y en a plus. Très fatigué, il préfère arrêter là. Sa grand-mère viendra le chercher un peu plus tard, en nous amenant au passage un peu de gâteau aux noix.
Pour la première fois, on connaît le luxe de pouvoir prendre notre temps, de profiter de la fin de la journée. On fait une partie de Loup Garou et de Monopoly Deal. Le seul des 4 amis qui n’a pas fait demi-tour au col de Bellefont nous rejoint pour ces jeux.
Cette fois, la bâche est parfaitement tendue, nous nous endormons avec les étoiles et nous passons une très bonne nuit.

Jour 4 : D’Entremont le vieux à Chambéry
20,7 km / 690 m D+ / 1500 m D-
Nous nous levons tôt pour descendre dans la vallée. Notre objectif est de rejoindre le groupe de nos parents à la pointe de la Gorgeat. Depuis hier, le GR a beaucoup changé et on se sent comme en pleine campagne entourés de champs, de hameaux, de chevaux et de vaches. Il faut faire attention pour ne pas quitter le GR, qui s’estompe parfois dans les champs ou qui se poursuit sur des routes goudronnées. C’est agréable et cela change un peu. Nous arrivons en haut de la pointe de la Gorgeat vers 11h30, nous avons le temps de jouer à quelques parties de Monopoly Deal avant l’arrivée de nos parents. Quand on les voit, on est tous très heureux de nous retrouver et d’échanger nos anecdotes sur les 3 jours passés.

Après le pique-nique, on part pour la très longue descente vers Chambéry, de 1469 m d’altitude pour aller à 275 m. Encore une fois, il faut être attentif pour ne pas perdre le fil du GR. Malheureusement on n’y parvient pas, on se retrouve à un moment derrière une maison, et nous sommes contraints d’escalader la barrière à l’entrée pour ressortir de chez les gens. Nos quadriceps commencent à être bien fatigués, à cause du dénivelé combiné au poids des sacs sur nos dos. Louis, qui nous a rejoint en voiture, vient récupérer une partie du groupe alors qu’il reste encore une heure de marche jusqu’à Chambéry. On est quatre sur neuf à finir à pied, suivant le GR qui serpente entre les maisons avant de rejoindre le centre-ville. Ce n’était peut-être pas la partie la plus intéressante de la traversée, mais on est fiers d’avoir tenus jusqu’au bout. Une fois à Chambéry, on savoure une bière, qui est excellente après tous ces efforts. On prend plein de photos pour immortaliser le moment, avant de repartir en direction de Grenoble.
Au début je n’aurais pas pensé faire ça en famille. C’est Juliette qui l’a suggéré et l’idée était très bonne, tellement qu’on pense déjà à notre prochaine traversée, dans le Vercors !
Ça a un effet sympa de prendre deux itinéraires différents, que chaque groupe vive son aventure, et se retrouver à la fin.
On a fait plusieurs erreurs que nous ne reproduirons pas, nous avons beaucoup gagné en expérience pour ce type d’aventure. Globalement, on garde d’excellents souvenirs de ces 4 jours, notre première longue randonnée en famille.

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